Colonisation
La confrérie 
Ziania
Historique 
du Ksar
LA BETISE HUMAINE

 

Malheureusement, la valeur architectonique inestimable de ces constructions est en train de se perdre à jamais et ce, non seulement du
fait d'éléments naturels, mais aussi et surtout du fait de l'homme. Il y a l'ignorance, l'inconscience, les négligences et les prédations 
criminelles. Le ksar de Kénadsa appartient à l'humanité toute entière et est classé «monument historique». A ce titre, il doit faire l'objet 
d'une attention et d'une protection particulières.

Il arrive aussi, et c'est encore plus grave, que les atteintes à ce patrimoine commun soient le fait de décisions administratives 
irréfléchies à l'origine de dégâts hélas irréversibles : c'est le cas, par exemple, de la mosquée de Sid El Hadj, vieille de sept siècles, qui 
a été complètement refaite en béton. Les mausolées de Sidi Abderrahmane et de Lalla Oum Keltoum, construits avec de la belle pierre 
bleue nue, debout depuis des siècles, ont fait l'objet d'un crépissage au ciment et repeints à la chaux. Ils ont, dès lors, perdu et à jamais 
leur cachet primitif. N'est-ce pas un crime ? Il est certain que ces deux édifices étaient beaucoup plus beaux dans leur état original sans 
ce crépissage et cette peinture dont ils n'avaient nul besoin. Voici deux monuments historiques qui ont une existence plusieurs fois 
séculaire, précipités du jour au lendemain du singulier vers le banal, de la beauté intrinsèque vers une laideur des plus débiles et ce, par 
la bêtise de responsables « irresponsables ». Avions-nous besoin d'avoir de nouvelles «koubbas» blanches ou vertes supplémentaires 
quand celles-ci sont légions dans toute l'Afrique du Nord? C'est ainsi que nous avons perdu deux merveilleux joyaux, des oeuvres d'art 
aux proportions si parfaites, construites pourtant par des gens (ce qui est plus qu'admirable) qui n'avaient ni instruments de précision ni 
les moyens techniques d'aujourd'hui. S'il ne peut être exigé d'un «bureaucrate» d'avoir des connaissances en matière d'art, ni même 
simplement d'avoir du «bon goût» ou du discernement pour ce qui est de l'esthétique, il doit être cependant empêché de commettre 
l'irréparable. Aussi, il ne devrait jamais être permis de toucher à ce genre d'héritage patrimonial sans l'avis obligatoire de spécialistes 
confirmés dans le domaine.





Là où il y a de l'eau, il y a la vie. Le hasard de la géographie et du relief ont fait naître Kénadsa en un lieu où l'on s'attend le moins à 
trouver une ville. C'est bien en retrait du pied de l'Atlas saharien, à un endroit où celui-ci enjambe la frontière algéro-marocaine, 
précisément, dans le fameux triangle ouvert de «l'y grec» formé par les deux oueds du Guir et de la Zouzfana; ces deux cours d'eau 
miraculeux, qui ont donné naissance à la vallée de la Saoura, immense palmeraie qui s'étale sur des centaines de kilomètres, du 
«joyau» de la région qu'est l'oasis de TAGHIT jusqu'au TOUAT-GOURARA en longeant l'Erg occidental : un «boulevard» interminable de
palmiers (cf. «BECHAR : la Saoura, la plaine du Guir ou l'illusion perdue d'une Californie algérienne»/ Abdallah AZIZI, le Q.O. des 3, 4 et 
5 juin 2007).

A l'origine, c'était une petite oasis quelconque comme il y en a tant d'autres au Sahara, nées à la faveur d'une source vive ou d'un oued.
Selon la tradition, elle portera plusieurs noms. L'avant-dernier est «La'wina» (la petite source), pour devenir définitivement, mais 
néanmoins il y a trois siècles : «El Kanaadissa» ou KENADSA (selon l'appellation française) ou «Laknadsa» dans le langage courant. 
Pourquoi ce changement de nom ? Cela s'est produit à un moment décisif de l'histoire de cette oasis. Mais, il n'y aura pas eu que cela : 
en changeant de nom, elle va aussi changer de «statut» de par les changements profonds qu'elle va subir non seulement sur le plan 
culturel mais surtout sur le plan socio-économique. En effet, au départ, rien ne destinait la petite localité d'origine à une telle brillance, si 
ce n'est le retour au pays de ses ancêtres, après de longues pérégrinations d'études et plusieurs pèlerinages à la Mecque, du Saint 
homme Sidi M'hamed Ben Bouziane. En effet, après être revenu dans sa famille, l'homme, précédé d'un charisme extraordinaire et doté 
d'une énergie débordante, va fonder sa zaouïa, devenue depuis la célèbre «ZIANIYA ASH-SHADHOULIA. La ville de Kénadsa va 
désormais se confondre avec sa zaouïa. L'essor fulgurant de cette institution va rejaillir sur la petite oasis de départ pour la transformer 
en un centre spirituel, culturel et économique incontournable.

Pourquoi le nom de «El Kanadissa» ? Plusieurs interprétations ont été données dont les deux plus plausibles sont les suivantes : dès 
lors que l'oasis était devenue un important lieu d'études coraniques et bien d'autres sciences religieuses, l'étudiant était désigné par le 
mot guendouz (un singulier, qui donne au pluriel : ganadiza). D'aucuns pensent que la nouvelle appellation de cette oasis aurait été tirée
de ce pluriel, d'où «Elkanadissa. Néanmoins, une autre explication aussi crédible a été rapportée par Abderrahmane MOUSSAOUI , dans
sa thèse «Espace, sacré et mémoire : la zianiya : une zâwiya saharienne» (p.3). A. MOUSSAOUI dit ceci: «Appuyant ses allégations par 
des références étymologiques puisées dans le monumental dictionnaire d'Az-Zoubaydi : Tâdj el-'arûs, Dr. MERZAK, quant à lui, estime 
vraisemblable que l'appellation «Kénadsa» soit en rapport avec la qualité de son illustre hôte, le saint Sidi M'hammed b. Bûziyan; car en 
arabe classique, constate-t-il, qandasa et taqandasa, veut dire faire acte de pénitence et par extension, épouser la voie du tasawwuf « 
(M. MERZAK, thèse p. 19 rapporté par MOUSSAOUI).

Quant à nous, c'est cette dernière interprétation qui emporte notre adhésion, d'autant plus que Sidi Mhamed s'est donné lui-même ce 
qualificatif d'EL QANDOUSSI.

Pour la compréhension des profonds bouleversements qui vont s'opérer dans le «chef-lieu» de la zaouïa zianiya, A. MOUSSAOUI, au 
paragraphe suivant, va nous donner un éclaircissement supplémentaire de l'importance que revêt ce patronyme. Il dit ceci : «En nous 
attardant de la sorte sur un toponyme, nous ne voulons pas sacrifier à un quelconque rituel, ni céder à un simple plaisir d'érudition, la 
question est importante parce qu'elle révèle le changement fondamental dans la «fonction urbaine» principale, comme on aurait dit 
aujourd'hui. En effet, de simple étape caravanière, Kénadsa devient, avec l'avènement de Sidi Mhamed b. Bûziyân, un foyer culturel 
structurant. A cette fonction principale, s'y adjoindront bientôt d'autres, économiques celles-là, pour faire du modeste ksar de départ, un 
centre relais incontournable. Ceci explique et justifie amplement l'usage de ce toponyme qui particularisera le ksar, le tirant de 
l'anonymat où le reléguait une appellation (La'wina) si commune dans ces régions». Ici, il y a lieu de noter la justesse des expressions 
essentielles « foyer culturel structurant » et sa corrélation « la fonction urbaine » principale qui vont caractériser le « développement » 
ascendant autant que fulgurant de l'oasis pour l'époque. Dans son évolution et contrairement à ce que l'on pourrait penser, Kénadsa ne
bénéficie pas directement des «bienfaits» des deux grands oueds cités plus haut qui «arrosent» la région. Elle se trouve en effet loin à 
l'Est de la rive gauche du Haut Guir et à une vingtaine de kilomètres à l'Ouest de Béchar, l'actuelle métropole de la région. Mais, il est 
évident qu'elle a bénéficié, sur le plan socio-économique, d'une telle proximité. Intrinsèquement, le ksar de Kénadsa a pris naissance 
non pas sur une seule source «La'wina», dont il aurait tiré son éponyme originel, mais sur l'existence de plusieurs sources. Une 
trentaine. Dans sa thèse précitée, A. MOUSSAOUI a recensé quelques unes avec leurs noms d'origine, qui existent jusqu'à nos jours. Il y
a : «Aïn Sidi M'barek aménagée en fontaine publique avec coupole, à mi-chemin entre le vieux ksar et la nouvelle ville, Aïn Dir, Aïn 
Cheikh, Aïn Oulad Bouazza, Aïn Sid El Hadj El Arbi, Tozzot, Laqbouna, Aïn Oulad Sid El Moufaq, Ayoun (Plusieurs) Oulad Sid El 
Houcine, Aïn Oulad Ba Moussa, Aïn B. Djilali, Aïn Laqadam Moussa et bien d'autres...

Toutes ces sources, qui ont «fait» Kénadsa, sortent du piémont d'une falaise appelée ici «Barga», composée de roches blanches (de la 
silice gréseuse) et de sable fin. Ce sable «couve» souvent sous sa masse mouvante ou dans sa proximité, des gisements d'une argile 
abondante et de bonne qualité, qui fut utilisée par les anciens kénadsiens pour construire leurs habitations et qui donne à leur ksar 
cette couleur rouge foncé tirant sur le grenat qui le caractérise si bien. En témoignent de nombreuses carrières sous forme de grottes 
d'où l'on extrayait cette précieuse argile. Une de ces grottes, phénoménale à plus d'un titre, est une énorme cavité dans le versant de la 
« Barga » invisible au regard de l'extérieur. Elle constitue une curiosité qui attire beaucoup de monde. On y accède par un simple orifice,
pas plus grand qu'une porte ordinaire à hauteur d'homme. Cette grotte bizarre est dite «Karkab-Eçtali», «le bruiteur des seaux» (ici seau
se dit au singulier çatl et au pluriel eçtaIi) ceci, certainement à cause du bruit que faisaient les seaux métalliques en s'entrechoquant à 
vide lors du transport de l'argile. A cette excavation insolite, les autochtones ont fini par lui trouver une fonction insoupçonnée : elle 
servait de dortoir aux gens pendant les grandes chaleurs. C'était au temps où le courant électrique et la climatisation étaient ignorés. 
Les hommes allaient y faire leur sieste pendant la canicule en amenant avec eux de quoi faire leurs lits et des couvertures. En effet, 
pendant l'été, quand il fait 45° à l'ombre, à l'intérieur de la grotte il y a une fraîcheur inattendue, à telle enseigne qu'il est nécessaire de 
se couvrir. Cette curiosité a inspiré des réalisateurs de cinéma qui y ont tourné plusieurs scènes de films dont un sur «Eçhab el Kehf» 
(les Dormeurs de la Caverne), histoire rapportée par le Saint Coran et relevant du fantastique.

Par ailleurs, il se trouve que la falaise susdite «El Barga» surplombant Kénadsa, est aussi ceinturée d'une couche de roche grise et 
bleue, carrière naturelle, dont ont été extraites toutes les pierres qui ont servi à la construction des fondations, des murs des maisons du
Ksar et à la construction des ses fortifications. La roche blanche (qui a été aussi utilisée parfois dans la construction) a surtout servi à la 
fabrication de la chaux et du plâtre. Les fours, ayant servi à la production de ces matériaux, sont encore visibles aujourd'hui. Si l'homme 
a toujours puisé dans son milieu naturel ce dont il avait besoin pour son habitat, l'on peut dire qu'ici, la pierre bleue et grise en question 
a été utilisée de façon judicieuse voire heureuse. En effet, on peut encore admirer l'harmonie architecturale qui se dégage de certains 
édifices. Il en est ainsi de certains mausolées de saints, de mosquées et aussi de certains «palais» (dwiriyate) et maisons individuelles : 
il s'agirait d'un style arabo-islamique orignal qui rappelle à la fois l'architecture iranienne et hispano-arabe tout en gardant sa sobriété, 
son caractère et son charme oasiens. Quant au minaret de la mosquée de Sidi Mhamed, de forme hexaédrique et de couleur blanche, 
dépassant par sa hauteur toute la masse ocre grenat du ksar, il est du plus pur style almoravide.
Malgré les changements profonds qui s'y sont opérés, cette ville du Sud-Ouest du pays demeure encore dans les esprits, avec 
cet aura d'un passé exceptionnel, d'une brillance qui perdure, rémanente dans la mémoire de ses habitants et aussi dans celle de
beaucoup d'autres gens : Algériens, Maghrébins, Européens et autres qui y ont vécu ou qui l'ont connue. 

Elle a rayonné spirituellement, culturellement et économiquement sur toute la région pendant presque trois siècles. Mais un 
rayonnement, sommes-nous tentés de dire, qui aurait été autant resplendissant qu'éphémère et ce, au regard des immenses 
vicissitudes de l'histoire mouvante des hommes, de leurs racines qui se perdent dans les ténèbres du temps. Ainsi, la Kénadsa 
d'antan, en quelque sorte, serait-elle cet astre éteint après avoir brillé longtemps, mais dont la lumière continuerait à nous 
parvenir par une mystérieuse illusion d'optique, parce que la distance qui nous sépare, se mesurerait en années-lumière. 
Autrement dit, il nous est resté et continuent à nous parvenir encore des restes, parfois des bribes de cet éblouissant et étonnant 
passé, parce qu'au demeurant, il n'est pas si loin de nous. 

Après un déclin évident, Kénadsa continue aujourd'hui à vivre « sur ses lauriers », un peu à l'instar - mais à sa petite échelle - de 
la civilisation arabo-musulmane dont les irréductibles tenants, ne se lassent pas de nous seriner son glorieux passé, histoire de 
nous dire (de se dire surtout), que «nous avons été intelligents et que, si nous l'avons été, c'est que nous pouvons encore l'être 
de nouveau». Malgré quelques tentatives louables mais néanmoins dérisoires, Kénadsa essaie, tel le phénix de la légende, de 
renaître de ses cendres, de retrouver ne serait-ce qu'une petite partie de son lustre d'autrefois. Le retrouvera-t-elle jamais ? 

Des travaux de réfection ont été entrepris pour la restauration - du moins d'une infime partie - du vieux ksar actuellement 
«ruiniforme» (selon une expression imagée de l'un de nos anthropologues), et ce, par des moyens et des matériaux traditionnels. 
Cette opération, qui ressemble hélas à un cautère sur une jambe de bois, a concerné la venelle principale, une partie du mur 
d'enceinte du vieux cimetière, et quelques vieilles maisons de particuliers. Elle a pour mérite d'avoir donné l'illusion d'une certaine 
résurrection à un ksar moribond. En effet, les alentours des deux vieilles mosquées connaissent une certaine affluence surtout 
pendant les jours des fêtes religieuses. C'est une population bigarrée qui envahit intermittemment ces venelles, en quête de 
baraka et de bénédictions du premier Patron de la ville d'abord (Sidi Abderrahmane) mais surtout celles de son « nouveau et 
grand Patron » : Sidi Mhamed Ben Bouziane, enterré avec certains de ses proches dans sa propre mosquée. Hommes, femmes et
enfants défilent devant les cénotaphes en bois sculpté (darabiz, au singulier derbouz) dressés sur les sépultures des défunts. 
Dévotement, les quêteurs de baraka défilent toute la journée devant ses monuments funéraires souvent couverts de satin vert, 
touchent les tentures et y déposent de pieux baisers. Si les travaux de restaurations des constructions urbaines n'ont pas donné 
les résultats probants que leurs promoteurs souhaiteraient, fort heureusement, dans d'autres domaines, celui de l'art notamment, 
il y eut quelques réussites tangibles. Ainsi, l'on peut citer un renouveau certain dans le domaine des musiques traditionnelles et 
liturgiques, et aussi dans d'autres disciplines culturelles (bibliophilie par exemple). Le groupe musical « El Farda », après 
beaucoup d'efforts et de recherches, a pu sauver et remettre au goût du jour, une partie du répertoire de la musique classique 
kénadsienne, composé essentiellement de vieilles qassidat du cru et aussi celles communes à toutes les vieilles villes du 
Maghreb. Mais hélas, beaucoup de ces vieilles qassidat kénadsiennes ont été perdues à jamais. Ce groupe (El Farda), que les 
festivals de musique populaire ont fait connaître aux Algériens et au monde depuis quelques années, remporte succès sur succès
et est aujourd'hui connu sur la quasi-totalité du territoire national et en dehors de nos frontières. Il a représenté le pays, dans 
plusieurs tournées à travers toute la France lors de « l'Année de l'Algérie en France ». Sur le chapitre des manifestations 
culturelles, il a représenté l'Algérie au Canada, au Maroc, en Libye, en Tunisie et dans diverses autres villes du Moyen-Orient et 
du monde. Autre particularité de ce groupe, il est capable de passer sur scène avec une faculté époustouflante d'un registre 
musical, d'un style à un autre : du classique maghrébo-kénadsien aux variétés les plus diverses tel le gnaoui, le issaoui, le 
saharaoui etc. Autrement dit, il excelle aussi dans les variétés, ceci avec des intermèdes animés de « taqtoqate » à subjuguer 
littéralement le public le plus exigeant
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Kenadsa : Ville d'art, d'histoire                                                                                                                                         par Abdellah Azizi