EL FERDA DE LA ZAOUIA ZIANIA DE KENADSA
Chants spirituels chants soufis, le medh creé par Cheikh de la Zaouia Ziania Cheikh Sidi Mohamed Ben Abdellah vers le milieu du 18
s Une musique s’est voulue paix, sagesse et sérénité...
Mysticisme, envoûtement, transe, prière, beaucoup de termes dont on pourra aisément qualifier la musique du groupe
La mélodie et le rythme de el amma (ferda) reposent sur une percussion de basse. Cette percussion qui donne le ton dans toutes les
phases de la qacida (sard, zerb et hamaïa), est obtenue en tapant d’un soulier – babouche (ferda) - sur une jatte (gass’a) en bois. La
personne tapant de la ferda a une place prédominante dans la troupe, généralement au centre face aux autres membres. Le genre
musical aurait pris le nom de ferda dans une sorte de reconnaissance envers cet instrument qui « supporte » la qacida.
El Ferda, originaire de la zaouia de Kenadsa, Les musiciens sont assis en tailleur sur un tapis improvisé . Le reste est une affaire de
magie spirituelle et de maîtrise d’un chant séculaire traduit harmonieusement dans des compositions musicales enivrantes.
Le public n’aura pas de mal à suivre la cadence de ces «vieux routards» du rythme et du verbe. El Ferda fera un tour d’horizon de leur
répertoire, maniant des sonorités gnaoua, des houaza de Tlemcen, de çanaâ algéroise, de chaâbi, de chants liturgiques et de
melhoun.
Le groupe exhorte à la paix, à la prière, à la sérénité. Son chant se fait invocation et élévation. Après une absence de 20 ans, le
groupe s’est reconstitué en 1991, sauvant par là un patrimoine richement maghrébin et africain. Un son qui pousse à la jedba et la
ferveur frénétique. Le public, , s’est jeté au bas de la scène pour libérer son trop-plein d’énergie en danse et en tapant la mesure des
mains. Il faut dire que l’essence gnaoua marche très bien au sein de la «communauté» algéroise, jeune et estudiantine. Un peu à la
manière de Gnaoua Diffusion ou de Diwan Béchar... la différence se situe au niveau des textes des anciens poètes de
Kenadsa.Ferda interprète des qçidate des grands maîtres de la tariqa soufie.
Un des titres de la troupe est d’ailleurs dédié à Sidi M’hamed Ben Bouziane, fondateur de la zaouia où a pris racine ce genre de
musique, lors d’un incroyable brassage ethnique dans cette région, Kenadsa, qui fut jadis la porte occidentale de la culture et du
grand commerce saharien... C’est un vrai spectacle auquel El Ferda nous convie. C’est un «concert» d’une multitude d’instruments
des plus traditionnels, târ, taâridja, violon, mandole, mahraz...Ce dernier ponctue à chaque fois le chant et marque la particularité du
son Ferda. El Fen Soltan (l’art est roi) entonneront les musiciens, à juste titre, dans une de leurs chansons.
En effet, El Ferda de kenadsa plaît parce qu’authentique et parle à l’âme aussi bien qu’au coeur. Ses mélodies autant que les textes
appellent au recueillement et à l’apaisement, exhortent à la paix.
Sa musique exprime le vécu, les sentiments, la générosité. Et le groupe se donnera lui aussi sur scène en parfaite fusion avec le
public. El Hadj Medjadi Mohamed Benderouiche qui a pris sa «retraite» il y a un an, aurait été content de voir cela à Alger.
Mais l’ambiance mélodique saharienne aidant, on se laissait facilement croire par moment qu’on était sous une kheïma, en plein
désert. Humbles et prodigues sont finalement ces artistes qui tonnent le sacré et les valeurs humaines... Heureusement qu’il existe
encore des gens comme ceux-là...
O. HIND
RYTHMES EL FERDA
au Festival du Monde Arabe a MONTREAL CANADA
Le groupe El Ferda, de la Zaouia de kenadsa (Algérie)
English will follow.
Les grands maîtres d'El Ferda à Montréal, une première en Amérique du Nord ! Kénadsa
fus jadis une cité glorieuse dans le sud algérien. De ce prestigieux passé subsiste un patrimoine artistique extraordinaire : El Ferda.
Une musique qui se distingue des autres traditions maghrébines par la richesse de ses modes et la diversité de son répertoire.
L'auditeur est tantôt bercé par les chants soufis, le medh ou le haouzi, tantôt secoué par la puissance des rythmes africains, diwane,
gnaoui ou hadra. À la qualité exceptionnelle des interprétations de son chœur s'ajoute une chorégraphie agrémentée par le jeu de
clappes, notamment en fin de spectacle. Réjouissant… !
Le public n’a pas eu droit à Ya Krim el kourama,un poème lyrique se déclinant en une
déchirante invocation de la clémence divine.Seuls quelques Kénadsiens, Témouchentois
d’adoption parmi l’assistance, savaient ce qui avaitmanqué au menu du concert donné par El Ferda de Kénadsa. Mais en
compensation, ils ont goûté au même envoûtement procuré par Salat Lefjar. Car c’est à une soirée dédiée à la spiritualité
public avait été convié à la maison de la culture, un gala qui a la particularité d’avoir drainé un nombreux public contrairement à
d’autres moroses
manifestations de ce type. En effet, avec El ferda, le mysticisme n’a pas peur de frayer avec la paillardise parce qu’il n’exclut pas le
plaisir. Il est festif parce qu’issu d’un Islam de tolérance, loin de toute mortification. Les dix membres de la troupe se sont donné à
coeur joie à la réaction d’un public conquis dès le premier chant gnaoui étrenné par Zaïdi Zaid. C’est la fête dans les travées et sur le
balcon. Les youyous n’étaient pas en reste. Tout le patrimoine musical de la Saoura y passe, celui de Taghit, Kerzaz, le Touat et
Gourara, celui-là même qui a influencé le tarab el melhoum propre à la ferda, un genre proche du melhoun marocain, celui du Tafilalet
lorsque les influences n’avaient pas besoin de visa d’entrée et que la région du sud ouest était un blad essiba. Depuis cette lointaine
époque,
Kénadsa, centre spirituel avec sa zaouia préstigieuse du Chiekh Sidi Mhammed Ben Bouziane puis centre économique et industriel
au 20e avec ses houillères, drainait des migrants de toutes parts, d’Europe et d’Algérie. D’autres métissages allaient l’imposer en
centre culturel et artistique de premier plan. Ces apports vont se retrouver à travers les sonorités et les rythmes africains, les musiques
et les mélodies de la poésie berbère, arabe et d’Europe. Avec El Ferda, la diversité est aussi visible dans la présence côte à côte du
guembri, du karkabou, de la derbouka, du bendir, du luth, du banjo, du violon, de la mandoline et même du pilon dont il est tiré une
rythmique en d’épurés tintements cristallins. Chaque instrument va dominer en fonction du genre musical interprété. El ferda n’avait nul
besoin de guitare électrique, ni de synthé pour mettre le feu à la salle. Il lui suffisait de ramener à la surface la part d’africanité en
sommeil chez le public, la faire émerger crescendo jusqu’à la transe, celle de la hadra. Zaïdi Houcine va à un moment modérer la
frénésie et imposer un temps de méditation à la salle en entonnant Ana saoulet nefsi, un tawassoul d’un auteur plus près de nous dans
le temps, feu Tahar Saïdi, comédien, humoriste, chanteur, musicien et parolier, ravi trop tôt, dans les années 1980, à la scène
artistique.
Le chant est lent, celui de la qsida, ses intonations sont authentiques d’humilité, ses accents sont de paix, de sérénité et d’espérance.
Et c’est Bestani Lahcen qui remet le feu aux poudres avec un titre phare d’El ferda : Sidi ben Bouziane, en hommage au saint patron
de Kénadsa. Et au bout de près de deux heures de fête, il a fallu une résolue intervention des gestionnaires de la salle pour y mettre
un terme, une partie du public refusant de la quitter.
Source : el watan