Nous avons vu que les Français vont étouffer petit à petit la zaouïa de Kenadsa en l'empêchant d'avoir des rapports avec ses affiliés 
qui étaient nombreux mais surtout de lever les ziarat qui sont les contributions en nature et en argent liquide, dons séculaires des 
tribus. C'est l'étiolement: la dynamique confrérique va s'éteindre à petit feu jusqu'à être réduite à sa plus simple expression. Malgré 
cela, Kenadsa va connaître une renaissance insoupçonnée. Une nouvelle donne allait lui donner un second souffle historique: la 
découverte de la houille. Kenadsa va connaître un nouvel essor économique qui va s'additionner au spirituel. Malheureusement, ce 
nouveau développement va être complètement organisé au profit d'investisseurs coloniaux. La ville spirituelle sera érigée, à son corps 
défendant, en pôle industriel pour toute la région du Sud-Ouest et même plus loin. L'exploitation des mines de charbon par une 
compagnie dite des «Houillères du Sud-Oranais» (HSO) à partir de 1917, l'arrivée de la ligne de chemin de fer d'Oran jusqu'à 
Kenadsa, avec diverses ramifications vers le Maroc et le reste de l'Algérie, vont transformer le visage de la ville, lui donner un aspect 
presque antinomique avec le précédent où régnait plutôt une atmosphère de calme, propice à la prière, au recueillement et à la 
méditation. Ce calme «pontifical» va être désormais occulté par le bruit des machines, l'effervescence des chantiers; l'appel à la 
prière interférera avec le bruit des sirènes annonçant le commencement et l'arrêt du travail dans les ateliers et les bureaux de la 
compagnie. Il s'agit d'une osmose du moderne et du traditionnel qui n'aurait pas son équivalent dans le Sahara.
Si les mines de Kenadsa ont apporté un peu d'argent dans les foyers, voire une certaine aisance dans la vie des gens, en contrepartie, 
elles furent des hécatombes pour des générations de mineurs. Décimés par la silicose (grave affection provoquée par la poussière du 
charbon qui s'introduit dans les poumons des mineurs), ces derniers dépassaient rarement les cinquante ans et finissaient leur vie dans 
un délabrement physique et des douleurs épouvantables.
Kenadsa
Accueil
La communauté juive de Kénadsa était de vieille souche. D'aucuns pensent qu'elle serait originaire du 
Touat, chassée de TAMENTIT par Abdelkarim ELMAGHILI, vers 1200 du calendrier grégorien. A 
Kénadsa, elle avait son propre quartier, «le mellah». Cette communauté pratiquait le travail de l'or et de 
l'argent, la bijouterie, le travail du bois (menuiserie, ébénisterie, faux plafonds), le commerce des tissus, 
celui des épices etc. 

Les riches commerçants juifs ne se distinguaient en rien de leurs homologues musulmans ni par leurs 
habits ni par leur mode de vie, ni par leur parler, étant de « purs juifs arabes ». D'ailleurs, il était difficile à 
non kénadsien de distinguer qui était juif de qui ne l'était pas. Les juifs fabriquaient aussi des alcools 
divers, de l'eau-de-vie (boukha, mahia, vin de palme...) dont certains musulmans ne se privaient point en 
cachette. Kénadsa avait également ses forges où l'on fabriquait des armes, des fusils à poudre, des 
épées et des lances, des ustensiles domestiques et des outils de toute sorte. Elle avait aussi ses 
potiers, ses vanniers, ses tisserands... 

LES MILITAIRES FRANÇAIS ET LA RESISTANCE LOCALE 


L'histoire de la résistance du Sud-Ouest algérien à la colonisation reste encore à écrire par les 
spécialistes de l'histoire. 

En effet, ce modeste écrit n'a pas la prétention de suppléer à cette importante autant que passionnante 
mission. Il s'agit ici, seulement de lever un bout de voile sur cette histoire. La France, comme tout le 
monde sait, est entrée en Algérie en 1830. Les Algériens ne l'ont pas reçue «avec du lait et des dattes», 
loin s'en faut, mais bien avec «la poudre à canon», s'opposant farouchement à toute forme d'occupation. 
Après la résistance d'Alger, il y eut d'autres résistances, notamment la guerre que mena l'Emir 
Abdelkader, puis les diverses insurrections armées: Cheikh El Haddad, El Mokrani, les Ouled Sid Chikh...


Mais les vicissitudes de l'histoire sont impénétrables. Dans toute guerre, le renseignement d'abord, puis 
l'efficacité des armes et des techniques de guerre ensuite sont les éléments décisifs pour gagner toute 
bataille. Les Français, connaissant le pouvoir spirituel et moral du Cheikh de la Zaouïa de Kénadsa et son
ascendant sur les tribus, ont commencé par lui évidemment. C'était le maillon faible de la structure 
guerrière des tribus et la force de l'institution confrérique. A cette époque, le cheikh en titre de la zaouïa 
était Sidi Brahim, un homme assez robuste mais qui avait un handicap majeur : il était aveugle. Les 
Français ont d'abord commencé par l'affaiblir lui-même, matériellement en interdisant à la zaouïa de 
lever les ziarate (contributions) sur toutes les tribus du nord du pays et des Hauts Plateaux et du Maroc, 
ou du moins, dans un premier temps. La Confrérie était autorisée à le faire de façon très parcimonieuse 
et contrôlée. La zaouïa était ainsi touchée directement dans sa principale force de vie. Les membres les 
plus influents de la confrérie et les notables, à leur tête Si Mohamed Lamsatpha étaient contre toute 
entrée de la France        dans la région et encore moins, son ingérence quelconque dans les affaires de 
la Zaouïa.
Cependant, ils n'avaient pas les moyens de s'y opposer en dehors de négociations « diplomatiques ». De
son côté, Sidi Brahim le chef spirituel de la Zaouïa, sans armes ni moyens, ne pouvait résister à la 
pression de l'armée coloniale : il ne pouvait donc que « composer ». Il essaya d'acquérir « l'amitié » des 
officiels français. 

Il restait les tribus. La France demanda au vénérable cheikh de faire pression sur elles afin qu'elles se 
soumettent « à une France qui apportait la civilisation, qui voulait construire des écoles et des hôpitaux 
pour éduquer, instruire et soigner les gens ». Sidi Brahim organisa dans son « ryad » (palais) de 
Kénadsa, une grande diffa (repas) où ont été conviés les grands chefs de tribus et de fractions de tribus 
des Ouled Djérir et des Doui Mania. On a vu alors affluer à Kénadsa tous ces « seigneurs de la guerre 
vêtus de leurs plus beaux atours, l'allure altière, sur de beaux chevaux arabes harnachés de cuirs et d'or 
». C'était la « djemaa des quarante sages ». Au cours de ce repas historique, Sidi Brahim leur transmit le
message des Français tel qu'il lui a été communiqué. Les chefs de tribus surpris d'abord, et après 
quelques discussions, répondirent unanimement « qu'il n'était pas question que les Français mettent les 
pieds dans la région: les Français sont une nation nous en sommes une autre, disent-ils. S'ils viennent 
chez nous c'est qu'ils cherchent la guerre et nous sommes prêts à la leur livrer ». A la fin du repas, après
des au revoir cérémoniaux et courtois à l'endroit de leur illustre hôte, ils repartirent dans leur fief respectif 
non sans laisser des émissaires permanents auprès de Sidi Brahim pour les renseigner en permanence 
sur les intentions futures des autorités coloniales.
Ces braves guerriers n'avaient certainement aucune idée de ce qu'était réellement la France. Ils 
pensaient certainement que c'était « une sorte de grande tribu » qu'ils étaient à même de défaire 
aisément en se fédérant, exactement comme l'ont tenté les Ouled Sid Chikh. Ils avaient l'habitude de 
livrer des batailles (à d'autres tribus) et de les remporter. Ils n'avaient aucune idée d'une armée régulière, 
instruite, organisée, entraînée par des officiers expérimentés sortis des grandes écoles de guerre. Une 
armée équipée et payée pour faire la guerre et uniquement la guerre, qui dispose des équipements pour 
faire le siège des fortifications et des canons capables de faire s'écrouler le plus fortifié et le plus solide 
des ksars. Eux, ils n'avaient que leur bravoure, des fusils à poudre et des sabres à opposer aux canons 
français. Cependant, ils réactivèrent la fameuse confédération évoquée plus haut, qu'ils appellent 
Zeghdou composée des trois tribus: Ouled Djerir, Doui Mania et Beni Guil.


LA COLONISATION 



A l'arrivée des Français en 1903, Kénadsa était encore une ville prospère : sa zaouïa rayonnait sur un territoire 
qui pouvait dépasser les mille kilomètres à la ronde. Elle avait ses ramifications dans tout le Maghreb 
septentrional : ses principaux affiliés se trouvaient sur un rayon qui allait d'Alger à Rabat : dans cet « éventail » 
il faut inclure tout le Maghreb central et occidental y compris bien sûr le Sahara dans sa partie qui va de 
Marrakech jusqu'au fin fond du Touat en Algérie. Dans un écrit sur cette confrérie datant de 1920 (Imprimerie 
Orientale FONTANA Frères, ALGER), Marthe et Edmond GOUVION nous disent avoir visité à TRIPOLI (Libye),
une zaouïa à la dévotion du Cheikh Sidi Mhamed Ben Bouziane de Kénadsa. 

Nous avons vu que Kénadsa jouait un rôle charnière et de carrefour entre l'Afrique du Nord et celle 
subsaharienne. Par le nombre considérable de pèlerins qui affluaient vers sa zaouïa, elle était aussi appelée « 
petite Mecque ». Par ailleurs, les commerçants qui pratiquaient le négoce de toute sorte, ne pouvaient 
traverser son territoire sans une escale (obligée) à la zaouïa et surtout sans une visite au mausolée du Saint 
Patron de la ville, pour quêter non pas seulement la protection de leur négoce mais solliciter aussi sa baraka 
pour leur propre personne, pour leurs enfants et leur famille. Les caravaniers venaient solliciter un écrit 
comportant le sceau du Cheikh « en règne ». En effet, cet axe que les historiens désignaient par « route de l'or
» était infesté de brigands. 

Il s'agissait de traverser d'immenses territoires qui n'étaient pas du tout sécurisés «ard elkhaouf». Les 
caravanes allaient donc de Sijlmassa jusqu'au fin fond de l'Afrique occidentale que l'on appelait alors 
«Essoudane» (le Soudan) qui comprenait notamment le royaume du Mali, l'actuel Sénégal, les Guinées, le 
Ghana, le Niger, le Nigeria etc. A ce titre, Kénadsa n'était pas seulement un grand marché de l'or et de l'ivoire, 
de plumes d'autruche, d'encens et de tissus, mais aussi peut-être le plus grand marché d'esclaves de la 
région. Néanmoins, faut-il préciser : les esclaves n'étaient pas forcément tous (et toutes) d'origine africaine 
noire, mais d'origines raciales les plus diverses. Et il ne serait pas tabou de dire que c'était pour l'époque un 
négoce florissant.