La communauté juive de Kénadsa était de vieille souche. D'aucuns pensent qu'elle serait originaire du
Touat, chassée de TAMENTIT par Abdelkarim ELMAGHILI, vers 1200 du calendrier grégorien. A
Kénadsa, elle avait son propre quartier, «le mellah». Cette communauté pratiquait le travail de l'or et de
l'argent, la bijouterie, le travail du bois (menuiserie, ébénisterie, faux plafonds), le commerce des tissus,
celui des épices etc.
Les riches commerçants juifs ne se distinguaient en rien de leurs homologues musulmans ni par leurs
habits ni par leur mode de vie, ni par leur parler, étant de « purs juifs arabes ». D'ailleurs, il était difficile à
non kénadsien de distinguer qui était juif de qui ne l'était pas. Les juifs fabriquaient aussi des alcools
divers, de l'eau-de-vie (boukha, mahia, vin de palme...) dont certains musulmans ne se privaient point en
cachette. Kénadsa avait également ses forges où l'on fabriquait des armes, des fusils à poudre, des
épées et des lances, des ustensiles domestiques et des outils de toute sorte. Elle avait aussi ses
potiers, ses vanniers, ses tisserands...
LES MILITAIRES FRANÇAIS ET LA RESISTANCE LOCALE
L'histoire de la résistance du Sud-Ouest algérien à la colonisation reste encore à écrire par les
spécialistes de l'histoire.
En effet, ce modeste écrit n'a pas la prétention de suppléer à cette importante autant que passionnante
mission. Il s'agit ici, seulement de lever un bout de voile sur cette histoire. La France, comme tout le
monde sait, est entrée en Algérie en 1830. Les Algériens ne l'ont pas reçue «avec du lait et des dattes»,
loin s'en faut, mais bien avec «la poudre à canon», s'opposant farouchement à toute forme d'occupation.
Après la résistance d'Alger, il y eut d'autres résistances, notamment la guerre que mena l'Emir
Abdelkader, puis les diverses insurrections armées: Cheikh El Haddad, El Mokrani, les Ouled Sid Chikh...
Mais les vicissitudes de l'histoire sont impénétrables. Dans toute guerre, le renseignement d'abord, puis
l'efficacité des armes et des techniques de guerre ensuite sont les éléments décisifs pour gagner toute
bataille. Les Français, connaissant le pouvoir spirituel et moral du Cheikh de la Zaouïa de Kénadsa et son
ascendant sur les tribus, ont commencé par lui évidemment. C'était le maillon faible de la structure
guerrière des tribus et la force de l'institution confrérique. A cette époque, le cheikh en titre de la zaouïa
était Sidi Brahim, un homme assez robuste mais qui avait un handicap majeur : il était aveugle. Les
Français ont d'abord commencé par l'affaiblir lui-même, matériellement en interdisant à la zaouïa de
lever les ziarate (contributions) sur toutes les tribus du nord du pays et des Hauts Plateaux et du Maroc,
ou du moins, dans un premier temps. La Confrérie était autorisée à le faire de façon très parcimonieuse
et contrôlée. La zaouïa était ainsi touchée directement dans sa principale force de vie. Les membres les
plus influents de la confrérie et les notables, à leur tête Si Mohamed Lamsatpha étaient contre toute
entrée de la France dans la région et encore moins, son ingérence quelconque dans les affaires de
la Zaouïa.
Cependant, ils n'avaient pas les moyens de s'y opposer en dehors de négociations « diplomatiques ». De
son côté, Sidi Brahim le chef spirituel de la Zaouïa, sans armes ni moyens, ne pouvait résister à la
pression de l'armée coloniale : il ne pouvait donc que « composer ». Il essaya d'acquérir « l'amitié » des
officiels français.
Il restait les tribus. La France demanda au vénérable cheikh de faire pression sur elles afin qu'elles se
soumettent « à une France qui apportait la civilisation, qui voulait construire des écoles et des hôpitaux
pour éduquer, instruire et soigner les gens ». Sidi Brahim organisa dans son « ryad » (palais) de
Kénadsa, une grande diffa (repas) où ont été conviés les grands chefs de tribus et de fractions de tribus
des Ouled Djérir et des Doui Mania. On a vu alors affluer à Kénadsa tous ces « seigneurs de la guerre
vêtus de leurs plus beaux atours, l'allure altière, sur de beaux chevaux arabes harnachés de cuirs et d'or
». C'était la « djemaa des quarante sages ». Au cours de ce repas historique, Sidi Brahim leur transmit le
message des Français tel qu'il lui a été communiqué. Les chefs de tribus surpris d'abord, et après
quelques discussions, répondirent unanimement « qu'il n'était pas question que les Français mettent les
pieds dans la région: les Français sont une nation nous en sommes une autre, disent-ils. S'ils viennent
chez nous c'est qu'ils cherchent la guerre et nous sommes prêts à la leur livrer ». A la fin du repas, après
des au revoir cérémoniaux et courtois à l'endroit de leur illustre hôte, ils repartirent dans leur fief respectif
non sans laisser des émissaires permanents auprès de Sidi Brahim pour les renseigner en permanence
sur les intentions futures des autorités coloniales.
Ces braves guerriers n'avaient certainement aucune idée de ce qu'était réellement la France. Ils
pensaient certainement que c'était « une sorte de grande tribu » qu'ils étaient à même de défaire
aisément en se fédérant, exactement comme l'ont tenté les Ouled Sid Chikh. Ils avaient l'habitude de
livrer des batailles (à d'autres tribus) et de les remporter. Ils n'avaient aucune idée d'une armée régulière,
instruite, organisée, entraînée par des officiers expérimentés sortis des grandes écoles de guerre. Une
armée équipée et payée pour faire la guerre et uniquement la guerre, qui dispose des équipements pour
faire le siège des fortifications et des canons capables de faire s'écrouler le plus fortifié et le plus solide
des ksars. Eux, ils n'avaient que leur bravoure, des fusils à poudre et des sabres à opposer aux canons
français. Cependant, ils réactivèrent la fameuse confédération évoquée plus haut, qu'ils appellent
Zeghdou composée des trois tribus: Ouled Djerir, Doui Mania et Beni Guil.